nos femmes

La rentrée théâtrale parisienne apporte invariablement chaque année son lot de pièces portées par des comédiens prestigieux. Cette année, Nos femmes, une comédie d'Eric Assous, réunit pour la première fois sur les planches Richard Berry et Daniel Auteuil. Ce duo truculent commence le plus normalement du monde. C’est la mésaventure qui arrive à Max (Richard Berry) et à Paul (Daniel Auteuil), un soir où ils attendent Simon (Didier Flamand) pour une partie de cartes qui emballe la pièce. Leur ami depuis trente-cinq ans débarque hagard : il a étranglé sa femme et leur demande de mentir pour le couvrir. Ils ont une nuit pour se décider.

Que faire dans une telle situation ? Paul le gentil «consensuel» et Max le «clivant» intolérant se conduisent de façon inhabituelle. Le vernis social s'effrite, les masques tombent et ceux que l'on croyait bien connaître se révèlent sous un jour étonnant. Le public assiste à un dangereux jeu de la vérité. On est dans du boulevard. Sur fond de phantasme hitchcockien (tuer sa femme) l’ensemble, plutôt fin et drôle, nous donne à voir un Richard Berry exceptionnel et Daniel Auteuil qui l'est tout autant.

Après le coup de théâtre du début, la pièce s'installe lentement et accuse une légère baisse de régime au deuxième «acte», avant de monter en puissance jusqu'au dénouement que l'on pressent. C'est la distribution qui fait la force de cette comédie. Daniel Auteuil rappelle qu'il est un immense comédien de théâtre dans sa gouaille et sa gestuelle. Sur scène, ses coups de gueule deviennent des moments d'anthologie ! Didier Flamand, habillé comme un «djeune», ne faiblit pas et parvient à s'imposer entre ces deux pointures. On sourit plus qu’on ne rit mais l’ensemble est remarquable. Berry gagne l'immortalité dans une sublime composition de rappeur rhumatisant, clou d'une soirée lancée à plein régime, malgré quelques trous d'air.

 

 

« Le cœur des hommes » servi sur planche !

Nos femmes (1)

« Le cœur des hommes » serait un titre plus exact s’il n’était déjà pris, car il n'est question que de ces messieurs, de leurs cœurs d'artichaut, de leur sens de l'amitié, de leurs enfants. Eric Assous investit ici les sujets de la gent féminine et des relations hommes/femmes, à travers l'histoire de ces trois potes habitués à sortir entre hommes pour parler de leurs femmes.

 

C'est une pièce en forme de sujet de dissertation: jusqu'où peut aller l'amitié? Nos mains peuvent-elles se souvenir qu’elles se sont enlacées avant que de s’étrangler ? L’absence de cris dans un couple est-elle synonyme de bonheur ? Pourquoi voit-on déjà la fin quand on vous dit que tout va bien ? Comment refaire confiance à l’amour quand on a eu le cœur brisé ?

A vous de juger !

 

Nos femmes, Théâtre de Paris, 15, rue Blanche (IXe). Tél.: 01 48 74 25 37. Horaires: du mar. au sam. à 20 h 30, sam. à 17 h 15, dim. à 15 h 30. Places: de 25 à 70 €. Durée: 1  h 40. Jusqu'au 18 janvier 2014.