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Louise (Valeria Bruni Tedeschi) a 43 ans, légèrement abîmée par le temps, un frère mourant du sida, un jeune amoureux blasé par son métier d’acteur et un château décrépi en Italie. Au fil des saisons, cette ancienne actrice nous embarque dans sa vie, entre amour naissant, désir d'enfant, recherche spirituelle et contingences financières. L’aura de son histoire familiale pèse sur les épaules de la quadragénaire, murée dans la tristesse par la maladie de son frère, mais fière de cette grandeur, de cette nonchalance incarnée par un passé glorieux : celui d’une grande famille de la bourgeoisie industrielle italienne.

Valeria Bruni Tedeschi propose une interprétation tragi-comique de la déliquescence d’une famille de la grande bourgeoisie: le deuil d’un train de vie et d’un patrimoine, la maladie, l’absence de descendance.

Un luxe qui s’effondre, un amour qui naît

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C’est là toute la force du film, la réalisatrice parvient à montrer à quel point des pans de vie différents peuvent se fondre dans une même existence, celle d’une femme amoureuse d’un homme de vingt ans son cadet, qui ne souhaite qu’une chose « laisser de la place à la vie dans sa vie », mais qui ne peut se défaire du château de son enfance, immortel. Pour elle, avoir un enfant, c’est une façon de survivre, de ne pas se laisser engloutir par la douleur, la solitude, la souffrance et la mort.

La mort, l’argent, la religion, l’amour, tout se mêle en une comédie burlesque et mélancolique. Mais ne croyez pas que le film est triste, c'est la vie comme elle est qui nous est raconté ici : ça vous déchire et un jour, ça vous balance une rencontre qui vient chambouler un spleen que vous pensiez chronique. On n'y croit pas, on s'imagine qu'il n'y a pas de place pour autre chose que ce sentiment de débandade et de douleur sourde qui vous replie sur vous même… et puis l'amour s'en mêle, s'emmêle.

Un film sur les désillusions et les traquenards de la vie

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Valeria Bruni Tedeschi est épatante, perdante magnifique, qui s'illumine quand on s'y attend le moins. Elle est d’une féminité délicate et énergique, avec ses petites robes fleuries décolletées, ses mules qui claquent sur le pavé italien et sa voix à la fois éraillée et haut perchée. Marisa Borini, mère à l’écran comme à la ville, est une splendide matriarche. Filippo Timi qui joue Ludovic, le frère, est d’une beauté maladive qui va avec le rôle et Louis Garrel est ténébreux comme à son habitude. Xavier Beauvois, quant à lui,  est parfait en ex-ami de la famille, parasité éconduit par ces gens capricieux et radins.

Valeria a beau dire que ce n’est pas un film autobiographique, ça y ressemble beaucoup. Le fameux château est l’ancienne propriété de la famille. Virginio, le frère de Valeria et de Carla, est mort du sida en 2006. Louis Garrel vécut plusieurs années avec Valeria et adopta avec elle une petite fille avant leur séparation.

Tout est drôle sur le moment et, dans le fond, tout est déchirant

C'est vrai que le film frôle parfois une folie dérangeante, mais ce qui est tout aussi indéniable c’est la tendresse et l'émotion qui affleurent. C'est d'ailleurs là que réside le talent unique de la réalisatrice : susciter l'éclat de rires lorsqu'on s'apprête à pleurer, traiter de sujets lourds avec une incorrigible gaieté.

L’humour y est la politesse du désespoir, pour masquer une envie de fondre en larmes et, lorsque les masques tombent, l'émotion étreint, souvent à cause d'un détail, d'une vision fugace ou d'un sentiment diffus. C'est lorsque l’on parle beaucoup que l'important vient du non-dit.

« Un château en Italie » n'est pas un film rabougri; c'est un film qui, au lieu d'empester la naphtaline et de s'enliser dans la nostalgie, donne envie d'avancer alors que tout un monde, intime, plein de secrets et de douleurs, s'effondre. Comme un ultime sursaut. C'est une page qui se tourne mais aussi un pas de géant comme le suggère le dernier plan, aussi simple que beau…

 

 

Sortie le 30 octobre 2013 (1h44min). Réalisé par Valeria Bruni Tedeschi. Avec Valeria Bruni Tedeschi, Louis Garrel, Filippo Timi