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Dans « Lulu femme nue », tirée de la bande dessinée éponyme d'Etienne Davodeau, la réalisatrice Solveig Anspach fait renaître avec drôlerie une quadragénaire devenue transparente à sa vie, interprétée avec une impressionnante sensibilité par Karin Viard.

Hasard du calendrier ou réel effet de mode : le scénario de la femme « middle age » qui plaque tout pour se réinventer ailleurs et s’offrir une nouvelle jeunesse semble s’installer dans le cinéma français. Après Catherine Deneuve fuyant à la campagne dans « Elle s’en va », voilà donc Karin Viard et ses états d’âme dans « Lulu femme nue », l’histoire d’une mère de famille au chômage encalminée dans quelques rôles dont elle n’assure pas la mise en scène : femme de son mari, mère de ses trois enfants, etc.

Ode à l’instant décisif

C’est un de ces moments comme il en arrive rarement dans une vie. A Lulu, il aura fallu un entretien d'embauche qui tourne mal pour qu'elle se décide enfin à faire un pas de côté. « Tu t'es encore ridiculisée ! T'as encore voulu faire ton intéressante ! » Au téléphone, son mari, lui non plus, n'y était pas allé avec le dos de la cuillère. Alors ni une ni deux, le train du retour, ce sera pour plus tard. Une nuit à l'hôtel, seule dans une chambre avec vue sur mer, et tout ira mieux.

Lulu décide sans décider de se laisser aller à l’aventure, de s’offrir une parenthèse plus ou moins enchantée dans une station balnéaire vendéenne en plein hiver. Et cela nous vaut de belles rencontres avec des personnages paumés, drôles et tendres. Ainsi Lulu retrouve le plaisir sexuel avec Charles (Bouli Lanners), un mec au passé un peu louche, toujours flanqué de ses deux frères. Devant son « homme », elle se baigne nue dans l’eau froide, retrouve une nouvelle ardeur. Mais elle ne se contente pas de cette rencontre, elle se prend d’affection pour Marthe (Claude Gensac), une vieille dame délicieuse dont elle a essayé au passage de dérober le porte-monnaie. Lulu vole aussi au secours d’une jeune serveuse de bar persécutée par sa patronne.

Elle finira par retourner sans entrain (mais avec Marthe) dans son foyer familial. Mais rien ne sera plus comme avant. Abattue en partant, Lulu revient rayonnante, conquérante. Elle aura grandi aux yeux de sa fille. Elle liquidera le mari qui décidément n’a toujours rien compris.

Éloge de la roue libre

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C'est une femme nue au sens où elle se dépouille de ses atours d'épouse, de mère de famille, de chômeuse, pour s'abandonner à l'indétermination, et à tous les possibles qui vont avec. Avec cette « nudité » revient l'ingénuité : il suffit d'un rien pour convertir le moins en plus, et le mal en bien.

Avant même que la fiction ne se déploie, avec ses rebondissements en règle, le plus beau est le vide salvateur dans lequel Lulu se ressaisit, se reprend, revient à elle — lumineuses scènes au miroir dans la chambre d'hôtel. Accrochée au visage de Karin Viard, l’image est un documentaire climatique qui, en quelques minutes, passe de l’éclaircie au risque majeur de dépression. Sans cri ni fureur. C’est la belle intelligence du propos : la défaite de Lulu n’est pas seulement la victoire d’une idéologie économique qui s’y entend pour injecter le virus de la culpabilisation, elle est aussi la sienne, sa connerie.

Lulu fait rire, Lulu émeut par son caractère, par ses choix, par ses maladresses. Solveig Anspach filme l’hymne à la joie d’une liberté pas à pas retrouvée. Mais plutôt Debussy que Wagner dans sa musique délicate. C’est un sentiment océanique qui domine, où les flux des petits plaisirs, ou le tsunami d’un nouvel amour bagarrent avec le reflux des rappels à l’ordre (social) et à la raison (des familles).

Bref, c'est un film qui n'est  peut-être pas très surprenant, mais au combien réconfortant, sympathique et attachant, tout comme le personnage !

 

Sortie le 22 janvier 2014. Réalisé par Solveig Anspach. Avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac.